Percepts — A.Stella

De l'articulation de deux éléments, deux notions, deux processus complémentaires qui opèrent simultanément, je crée une mécanique de perception. Je trace à l'intérieur d'un rectangle un élément géométrique. Sa délimitation interne / externe produit l'apparition simultanée d'un deuxième élément, inscrit dans la surface du rectangle et imbriqué à l'autre. De l'observation de ce phénomène, je crée et définis le Géogramme : unité constituée dans un rectangle par l'imbrication de deux éléments géométriques, articulés en plein / vide. A partir de cette articulation de deux éléments complémentaires, le géogramme se concrétise dans l'espace peinture.

Ce travail, basé sur la réalisation de l'œuvre physique, est la mise à plat de tous ses éléments constitutifs (processus d'élaboration, de matérialité, constantes, solutions, limites…) La géométrie s'impose par son caractère perceptible commun et précis. Le processus de son élaboration et matérialité consiste à inscrire les mêmes actions sur les deux toiles de dimensions identiques 160x120cm. D'abord à installer la grille adhésive des deux  matrices qui vont par la suite être recouvertes par des strates successives de matériau peinture à l'huile, jusqu'à obstruction totale de cette grille, qui à la fin de ce processus va être retirée pour ne faire apparaître que le matériau peinture structuré sur les deux toiles. Deux peintures, chacune constituée par le procédé plein / vide, inversé de l'autre. La perception de l'une implique sa complémentaire.

Ce double espace des interactions entre les deux peintures complémentaires se retrouve dans le planogramme : structure plane, constituée de deux éléments complémentaires, incisés et articulés. L'incision verticale délimite les deux éléments, l'articulation pli / dépli les projette horizontalement dans l'espace tridimensionnel. Les actions portées, agissent sur le recto et le verso en simultané et produisent la perception de deux éléments, placés l'un en premier plan, l'autre en arrière-plan. Le planogramme se déploie dans la surface de papier, support et matériau, sans ajouts ni déductions. Sa solution est préalablement traitée par un graphique. L'action mentale est étroitement liée à la production de l'action physique qui va transformer l'espace de la surface.

Ce qui lie les deux recherches est la problématique de la surface. Les actions portées et les procédés utilisés sont différents, en ayant la même fonction : transformer la surface en introduisant une articulation et produire une mécanique de perception.

Planogramme Tautologique : Le planogramme, la plus petite unité répétée, crée une deuxième unité, le rail, lequel répété, organise la construction au sol, le planogramme tautologique. Cette construction finale conserve le même mécanisme formel que le plus petit élément qui la constitue.

Géo-Plano : Le planogramme reformulé par augmentation d'une part de ses dimensions hauteur et largeur et d'autre part par la réduction de sa projection à 1cm, acquiert une planéité proche de celle de la peinture, et verticalisé, répété, forme un assemblage mural. Les deux éléments complémentaires de chaque planogramme insérés dans deux volets, reliés, articulés, ils peuvent investir le sol en combinatoire de plusieurs diptyques, le mur dans leur frontalité à 360°, les angles à 90° et 270° et aussi s'agencer en continuum, du frontal mural à l'angle.

La recherche spécifique, à l'intérieur du planogramme, une expérience réflexive qui doit passer et repasser par la même articulation, de la « pratiquer » et approcher le plus possible les mécanismes intérieurs qui constituent sa logique. Elle peut conduire à des résultats ou pas, à des situations d'aporie, à des limites... Dans le meilleur des cas, ces recherches peuvent rester en attente d'une observation différente, d'un élément qui n'était pas encore là qui peut provoquer un nouvel événement.

Ces événements sont la clef de l'évolution de ce travail. Passer de l'espace frontal de la peinture avec les géogrammes, en plein sol avec les planogrammes tautologiques et revenir à la verticalité du mur avec les géo-planos. Déployer l'architectonie de cette mécanique de perception dans l'espace articulé du livre.

J'utilise l'espace physique du livre, son articulation, l'angle, la reliure, la double page, le recto et verso, car ces propriétés se trouvent déjà dans la mécanique du planogramme. Le fonctionnement et le déploiement dans l'espace, mur, sol, angle se reporte et se synthétise dans l'articulation du livre qui devient son espace actif.

Observer le planogramme, c'est d'être dans le temps de sa formation, dans l'action mentale de son processus et l'action du plier/déplier. C'est ainsi que je considère que le planogramme n'est pas un objet mais une mécanique qui pointe cet « entre » les deux états de sa formation; une structure qui analyse ce passage et acquiert une matérialité, une extension physique, par et dans la surface de papier.

Œuvres percepts
Géogrammes
Planogrammes
(1) Planogramme
(2) Plano-T
(3) Géo-plano
Artist book

Lieux
2013
Textes
Percepts
Des cristaux de temps / Time crystals
Ici et ailleurs maintenant

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A.STELLA